Les grilles monumentales

 

La ferronnerie d'art, tout au long des siècles, nous a légués de nombreux ouvrages de grande qualité, reflets précis des modes, des goûts et des moyens techniques : grilles ouvrantes, grilles dormantes, d'imposte, de protection de baies (fenêtre, oeil de boeuf, soupirail), artichauts, chasse roues, grilles de rampe, de balcon, de balustrade.
L'historique des grilles peut se décliner schématiquement par siècle.

Aux XIe, XIIe et XIIIe siècles, le fer est étiré au marteau et parfois mouluré (XIIIe). On utilise la soudure à chaud, les trous renflés, les superpositions de fer et à partir du XIIIe est pratiqué l'embrèvement. Les grilles sont constituées de petits panneaux avec un décor de volutes serrées parfois terminées par un oeil. Au XIIIe les volutes sont plus ouvertes et terminées par un motif étampé. Les motifs sont assemblés à la structure verticale par baguage. L'emploi de feuillage est rare. Les fers forment des palmettes aux lignes très arrondies.

Aux XIVe et XVe siècles, les plates (tôle obtenue par martelage) sont découpées et repoussées. Les assemblages se font à mi-fer, par tenons et mortaises mais aussi par rivets et par vis. Dans cette période sont pratiqués deux types de décors : les quadrilobes plutôt que des volutes et le travail en orbe-voie (effet de relief obtenu par la superposition de plaques repercées) qui évoque la menuiserie et la sculpture sur bois.

Au XVIe siècle, la production de grilles est restreinte, on retrouve le fer étiré et la tôle. Les décors sont les mêmes que précédemment sauf pour l'orbe-voie, les volutes sont très ouvertes, les palmettes sont repoussées, les feuillages nervurés et gravés. Le plus ancien balcon connu au Louvre daterait de cette période.


Versailles, grille du Grand Trianon
Élèment décoratif du XVIIe siècle,
Cliché J.-P. Bozellec

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Au début du XVIIe siècle, (Louis XIII) on utilise surtout les fers plats et la tôle, les colliers rivés, les liens à cordon (bagues moulurées). Les volutes ont le fer aminci vers le noyau ou un oeil très serré. Les feuillages ont des découpes sèches et sont assez peu travaillés mais surtout sont peu employés. Les motifs sont répartis en bandes horizontales ou par panneaux. Le balcon étampé en fer forgé n'entre de façon courante dans l'ornementation qu'à cette période.

A partir du milieu du XVIIe siècle (Louis XIV), les fers sont plus épais, les moulures sont réalisées par des superpositions. Toutes les techniques sont pratiquées avec, en plus, l'assemblage à mi-fer. Les tôles sont embrevées et rivées sur les fers. Dans les volutes, le noyau est saillant. Les palmettes sont constituées de fer assemblé, mis en forme avec des angles vifs. La découpe des feuillages se fait en arc, en accolade, et il y a un retroussis aux extrémités des feuillages, leur modelé devient gras. Les motifs sont symétriques, il y a opposition de droites et de courbes.
A partir de 1660, les grilles sont composées de barreaux surmontés de fers de lance, des pilastres richement ornés consolident l'ensemble. Un fronton indépendant en "chapeau de gendarme" surmonte les grilles ouvrantes.
Jusqu'en 1730 ce style perdure, puis est abordé le style «rocaille». Les motifs sont en courbe et contre courbe. Les feuillages sont très découpés en arrondis et le repoussé est nerveux. Les volutes sont terminées en corne de bélier, parfois des volutes doubles ou triples partent du noyau. Dans les assemblages, il y a peu de colliers mais plutôt des billes. Les angles sont renforcés par des congés.