La Fontaine des mers,
place de la Concorde à Paris

 

La place de la Concorde possède deux fontaines, situées de part et d'autre de l'obélisque: elles furent réalisées par Ignace Hittarff. Célébrant l'arrivée de l'eau à Paris, elles symbolisent les mers, côté Seine et les fleuves de l'autre côté.
Elles ont été classées en 1937. En effet, ce sont des témoins historiques : histoire d'une ville, histoire d'eau dans la ville histoire d'architecture....et aussi histoire de techniques. Elles sont les témoins de l'audace technologique de cette fin du19éme et ce début du 20ème siècle. En effet, de l'audace il en fallait pour relever le défi de certaines réalisations.
Depuis de nombreuses années, les statues, les vasques, étaient recouvertes d'une couche, plus ou moins épaisse, de calcaire lui donnant un aspect de pierre ou de plomb, avec tout de même en suspens l'énigme de ces îlots, tantôt verts ou tantôt rouille, parsemant leur surface.
De quoi étaient donc faites ces fontaines ?
Une étude historique couplée à une étude technique ont permis d'identifier cet ensemble et de définir le protocole de restauration le plus approprié.

Les études

L'étude technique permet de dire que l'ensemble de la statuaire ainsi que les vasques sont en fonte, alliage de fer et de carbone (environ 3,5%), sauf les statues isolées dans le bassin en pierre, qui elles sont depuis 1932 en bronze.
Les statues en fonte sont recouvertes de cuivre parfois riveté à cette fonte : dépôt électrolytique ou feuilles de cuivre martelé. Ce recouvrement de cuivre décollé, déchiré, laisse apparaître par endroits une fonte complètement oxydée. L'eau s'infiltre partout et accentue les phénomènes de corrosion.


Vasque de la fontaine en cours de restauration - Cliché A. texier

C'est en 1838 que commença la fabrication des fontaines. Il s'agit de la réalisation en fonte de fer d'une des plus grandes oeuvres de cette époque. Chaque grande statue pèse une tonne neuf, la grande vasque constituée de trois parties fait dix tonnes cinquante, l'autre vasque d'un seul tenant a un poids de sept tonnes quatre cent. L'ensemble des pièces de la fontaine pèse environ cinquante tonnes. Il a fallu créer, pour les réaliser, des moules en conséquence et surtout trouver des fours de capacité suffisante, pour fondre de telle quantité de métal. La qualité des fontes montre que les techniques de fonderie étaient bien maîtrisées. En effet, assez peu de défauts de coulée sont relevés.
La protection et l'aspect esthétique final des fontaines est due à une couleur bronze. Hélas dès le premier hiver, la rouille apparaît !
De nombreuses remises en peinture sont ensuite effectuées et c'est en 1861 qu'une nouvelle technique, proposée par la maison Oudry est employée : «le dépôt électrolytique de cuivre ou également appelé bronzage, ou cuivre galvanique».
Les fontaines sont totalement démontées et transportées dans les ateliers Oudry.
Là, la mise en oeuvre est colossale et le défit grandiose car la technique est relativement nouvelle. Les modifications et améliorations de la technique vont bon train. L'entreprise Oudry vient de trouver «la solution» : avant de cuivrer les fontes , il les isole avec un enduit.
Un extrait de l'Encyclopédie de l'architecture de 1861, nous informe sur la finition utilisée sur le cuivrage «Un vernis spécial a donné au cuivre l'aspect du bronze florentin, rehaussé de quelques tons de vert antique».

Malheureusement les événements de l'insurrection de la Commune provoquent de nombreux dégâts : la Fontaine des Mers est presque entièrement détruite et la Fontaine des Fleuves assez endommagée.
Des éléments, voir des pièces entières sont refondus. Aucune précision n'est donnée sur leur nombre, ni sur le fondeur les ayant réalisé. Des artistes comme Fremiet participent à la remise en état des fontaines et l'ensemble des éléments aurait, de nouveau, été cuivré par électrolyse.
Par la suite de nombreuses opérations d'entretien se succédèrent mais dont le détail n'est pas clairement défini.

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