On peut distinguer les dommages involontaires et volontaires.
Les uns sont imputables aux frottements des vêtements lors
de la circulation de visiteurs dans des passages bas, bien avant
la réalisation d'aménagements de la grotte. Ainsi
sous le grand plafond, avant abaissement des sols, la hauteur
de la galerie variait entre 0,75 m et 1 m. Les autres regroupent
les "toucher" des surfaces ornées, les inscriptions
au noir de fumée telles le patronyme BARRY,
les nombres tels que 2024 (ou les dates? ).... Tous ont pu être
gravés au couteau ou avec un éclat de silex, ou
exécutés parfois au crayon de graphite comme"
BOUTIER et 1902". Tout cela
est combiné avec des traces de doigts ou des effleurements
et des altérations diverses laissant des stigmates d'autant
plus marqués et apparents que le support est malléable
et plastique.
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Compte tenu de la variété des états de surface et de la diversité des types de détériorations, l'intervention a été conduite de manière spécifique dans chaque cas. En effet l'ensemble des parois décorées est fragile. Cette fragilité concerne tant les tracés préhistoriques eux-mêmes que le support. Ce dernier pourra être malléable, posséder une certaine plasticité, être durci par des concrétions et présenter des états de surface à prendre en considération, lors d'une réflexion sur la possibilité d'intervention. A cette fragilité du support liée à des causes naturelles, s'ajoute l'action de l'homme qui aura pu modifier ou altérer les qualités physiques de l'interface entre la roche, les tracés préhistoriques et le milieu aérien ambiant, par l'exécution des graffitis ( chauffage de la roche par exemple...) et les frottements sur la voûte dus à la faible hauteur (déjà signalée) de la galerie. Dans les lignes qui suivent, seront détaillées, cas par cas, les modalités des interventions qui devaient être les moins agressives possibles. Tout dépend donc de l'appréciation par l'intervenant de la résistance mécanique du support, qui permettra ou tolérera l'application de compresses, l'usage de gommes abrasives ou l'application et le contact de coton à l'extrémité de bâtonnets sur les surcharges et les graffitis, et enfin l'effleurement des surfaces à l'aide de pinceaux souples... |
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DES INTERVENTIONS AUX MULTIPLES ASPECTS.
Ces surcharges et ces graffitis de noir de fumée contiennent
des résidus et des traces de matières grasses (restes
non brûlés de stéarine d'une chandelle par
exemple) ; ils ont pu faciliter la cohésion des particules
de noir de fumée. Il convenait donc pour faciliter la dispersion
de celles-ci et leur suppression, d'appliquer des compresses imbibées
d'une solution d'ammoniaque diluée et ainsi de bénéficier
de l'action émulsifiante de l'ammoniaque sur les corps
gras.
A la frise des dix mammouths, malgré quelques parties très
fragiles, l'état satisfaisant du support a permis l'allégement
sensible de l'inscription BARRY.
Le nettoyage a commencé par la lettre "B" de
BARRY à l'aide de compresses de papier absorbant imprégnées
d'eau déminéralisée et d'ammoniaque. A l'application
de ces compresses, a succédé un rinçage à
l'eau déminéralisée seule par la même
méthode. Selon le degré estimé de pénétration
du noir de fumée, la concentration en ammoniaque a varié
de 3 % à 10 %. Dans les zones où la surface est
la plus dure, un léger brossage à l'aide de pinceaux
à poils tendres, imbibés d'eau déminéralisée
a permis de réduire ces surcharges. Au niveau de la partie
supérieure du "Y" de BARRY, bien que le support
fut recouvert de concrétions, une grande vigilance a du
être déployée. A l'emplacement du recouvrement
des deux lettres "R" de BARRY et des tracés originaux
du contour des mammouths (ligne de dos pour l'un, base du front
pour l'autre), aucune élimination n'a été
faite en raison de la fragilité du trait originel.
Les surcharges à base
d'argile sont rares. Il peut s'agir de simples frottis qui recouvraient
les défenses d'un animal de la frise des 10 mammouths,
leur enlèvement s'est effectué grain par grain à
l'aide de scalpels et de paires de pinces fines. Hors du
trait original, un léger grattage superficiel à
l'aide d'un fin bâtonnet, suivi d'applications de "coton-tiges"
imbibés d'eau déminéralisée assure
l'élimination des résidus argileux...
AU GRAND PLAFOND : RÔLE DE DIFFÉRENTS ÉTATS DE PAROIS SUR LA CONSERVATION.
Pour le grand plafond, l'hétérogénéité de la dureté, de la consistance et de la texture de la roche, s'est traduite concrètement par une plus ou moins grande facilité d'atténuation des surcharges.
Quand le support était bien cristallisé - la
formation et le dépôt de cristaux pouvant être
antérieurs ou postérieurs aux tracés originaux
et même parfois postérieurs aux graffitis - il a
été possible d'alléger les surcharges à
l'aide de gommes spéciales de différentes duretés.
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Intervention sur un ensemble de deux tracés de bouquetins
La dureté du support due à la présence
de microcristaux autorise le nettoyage des surcharges à
l'aide de gommes spéciales. L'inscription " BOUTIER"
est éliminée pratiquement en totalité.
Après intervention (élimination et/ou allégement des surcharges), le bouquetin partiellement oblitéré par l'inscription BOUTIER 1902 est de nouveau visible. Tous les détails du tracé de la figuration sont aisément identifiables. Ainsi apparaît de nouveau complet "un bouquetin au dessin noir, en profil droit...., une seule corne annelée en double trait, un petit trait vertical à la base et à l'arrière de la corne indique l'oreille, un oeil triangulaire vide surmonté d'un sourcil en arc", tel que le décrivait le préhistorien C. Barrière.
Quand le support est très fragile (malléable,
plastique, pulvérulent, granuleux), l'allégement
ou l'élimination des maculations s'est fait par applications
répétées de "coton-tiges" imbibés
d'une solution diluée d'ammoniaque suivies de rinçages
à l'eau déminéralisée par la même
méthode. La simple application de coton imbibé au
contact des surcharges, sans frottement ni pression, suffit à
désolidariser le noir de fumée du support. L'intervention
est d'autant plus délicate que localement la roche peut,
à cause du chauffage de la surface lors de la réalisation
des graffitis, présenter une texture différente.
Tel était le cas au niveau des inscriptions JUILLET, ACHILE,
GABRIEL, JOSEPH et 1860 qui perturbaient profondément la
lecture de deux figures de bouquetin. L'allégement de ces
souillures a permis de restituer une bonne lisibilité à
ces sujets.
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Deux tracés de bouquetins avant et après intervention
L'état de la surface très fragilisée lors
de la réalisation des graffitis (échauffement de
la roche), était une difficulté supplémentaire
pour leur élimination.
Un traitement identique appliqué à tout le grand
plafond a permis de redécouvrir l'ensemble des tracés
préhistoriques. L'lntervention mettant en valeur ici la
partie antérieure de profil d'un bison
avec les détails de la barbe, du mufle, du chanfrein, de
l'oeil et du front, là une grande représentation
d'un cheval avec les détails
du front, de l'oeil, du chanfrein, du naseau, de la bouche et
du menton et par ailleurs encore, plusieurs mammouths plus ou
moins stylisés.
Au grand plafond et sur les parois de la galerie principale, outre
les surcharges décrites, le support est affecté
de stries, de griffures, de traces de grattages et de gravures
récentes qui apparaissent en plus clair car n'ayant pas
la même patine naturelle que la roche. L'opération
consistant à faire disparaître ces tracés
récents, inesthétiques, résultats d'actes
de vandalisme volontaires ou involontaires et sans lien avec le
contexte archéologique n'est pas actuellement envisagée.
Seule serait possible l'atténuation du contraste entre
la couleur des incisions et celle de la surface de la roche qui
est légèrement patinée.
A la grotte de Rouffignac, les actions menées au grand
plafond et sur la frise des "dix mammouths" et qui se
sont exercées sur une surface d'environ 50 m² ont
permis le nettoyage de plus de 70 figures préhistoriques.
Après réflexion pluridisciplinaire, l'intervention
a pu se dérouler dans les meilleures conditions possibles
et avec la garantie de pas porter atteinte aux tracés préhistoriques.
D'importantes surfaces avaient été souillées
de graffitis n'ayant aucun lien avec le contexte archéologique
des tracés préhistoriques d'une part et présentant
peu d'intérêt - si ce n'est celui de constituer une
liste patronymique régionale - d'autrepart. Ces surcharges
et autre apport d'éléments étrangers au niveau
des parois décorées constituaient une gêne
pour la pleine perception et la connaissance des figurations préhistoriques
et une menace certaine pour leur conservation par le simple fait
par exemple de la diffusion dans la roche de noir de fumée.
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