UN ART EN DANGER :
RECHERCHE ET CONSERVATION




Les oeuvres rupestres ou pariétales -d'âge préhistorique ou plus récent- peintes, gravées et sculptées sont l'un des éléments du patrimoine culturel qui posent aux spécialistes scientifiques des problèmes nombreux et complexes pour assurer leur conservation dans le temps présent et leur maintien en bon état pour les générations et les temps futurs. Depuis plus de trente ans, les chercheurs français ont progressé dans la connaissance du milieu souterrain et leurs travaux ont abouti à LASCAUX notamment, au rééquilibre des conditions climatiques internes, au maintien et à la cohésion des peintures.

Les résultats qui ont été obtenus tant dans les domaines de la géologie, de l'hydrogéologie, de la chimie, de la climatologie, de l'aérologie, de la microbiologie que de l'environnement, ont été publiés et diffusés dans de nombreuses revues spécialisées un peu partout dans le monde.
 

Pour les oeuvres préhistoriques sur paroi, nous pouvons adopter la définition de la conservation employée pour d'autres biens culturels. C'est l'ensemble des actes destinés à prolonger la vie d'une oeuvre d'art ou d'un objet d'art ; elle nécessite la recherche et l'élimination des causes d'altération.

Toutes les opérations de conservation reposent sur une déontologie définie dans la charte internationale sur la conservation et la restauration des monuments et des sites et connue sous le nom de "charte de Venise" dans le milieu professionnel. Cette déontologie insiste sur le respect du matériau d'origine, de l'aspect esthétique de l'oeuvre et de la réversibilité des interventions.
 
 
 

Elimination de graffitis et de surcharges de noir de fumée lors du nettoyage de la voûte décorée de tracés préhistoriques de la Baume Latrone.

De nombreuses maculations gênaient la perception des tracés et étaient une menace pour les figurations originelles. L'intervention réalisée par une spécialiste de la conservation des peintures murales (Mme I. Dangas) a permis de restituer au décor un état aussi proche que possible que celui de la découverte ; les dégradations irréversibles étant mises à part. L'intervenante applique une feuille de papier dit "papier japon" avec une solution d'eau ammoniaquée pour faciliter l'absorption par le papier de maculations de noirs de fumée.

Sur un plan pratique, la conservation est un travail d'équipe qui va synthétiser les diagnostics de trois disciplines : diagnostic esthétique - diagnostic scientifique - diagnostic technique. Cela correspond à l'avis du spécialiste de l'art préhistorique, du spécialiste de terrain et de laboratoire, du restaurateur praticien. Le prolongement de cette volonté, dans l'esprit d'un acte conservatoire, est la restauration proprement-dite.
 

La conservation de ce patrimoine archéologique et artistique implique des recherches portant sur la connaissance de l'oeuvre, mais aussi sur tout son contexte. Pour comprendre les mécanismes d'altération et y remédier, trois directions s'imposent ; elles concernent le substrat, les dégradations et la conservation.

Elles mettent à contribution diverses disciplines complémentaires : géologie, hydrogéologie, climatologie, chimie, géomorphologie, microbiologie, archéologie, histoire de l'art... Elles ont pour axes majeurs la caractérisation des peintures, les processus d'altération, la climatologie, l'environnement, les interventions, les aménagements, la formation en conservation.


Toutes ces disciplines convergent sur la conservation
 

L'art préhistorique, sur les parois des cavités, des abris-sous-roche et sur les rochers en plein air est soumis à des agressions naturelles ou d'origine humaine. Selon J.Clottes, jusqu'à une époque récente -fin du XIXème siècle pour certaines parties de l'Afrique ou de l'Amérique et même première moitié du XX ème siècle pour l'Australie- l'art rupestre se renouvelait sous l'effet de causes religieuses et/ou sociales. Cet état de choses n'existe plus à l'heure actuelle.

L'art des parois en Europe, quant à lui, peut être qualifié de fossile. Non renouvelé il a disparu, disparaît et disparaîtra sous l'effet de phénomènes naturels, sous l'action des organismes animaux et végétaux et sous l'influence du rôle dévastateur de l'homme.

Les recherches doivent donc favoriser les progrès des méthodes de conservation, par l'étude des conditions régnant dans les abris et dans les grottes, par celle du comportement des oeuvres et de leur support et par la connaissance de tous les facteurs multiples susceptibles de porter atteinte au bon état des parois ornées.
 

Pour la France, les oeuvres préhistoriques localisées dans les cavernes et plus rarement dans les abris-sous-roche, à l'interface de deux milieux -le milieu gazeux et le milieu solide- sont soumises directement aux influences de l'air et indirectement aux variations thermiques et hydriques transitant par la roche.
Le mauvais état des parois ornées est conditionné par plusieurs facteurs : climatiques (température de l'air et de la roche, humidité de l'air, teneur en gaz carbonique, circulation de l'air, échanges avec l'extérieur,...), hydrogéologiques (circulations d'eaux chargées en sels et en gaz dissous dans la roche, émergences de ces eaux sur le décor, échanges avec le milieu souterrain...) et biologiques (présence d'algues, de mousses, de champignons et de bactéries)...

Tous ces facteurs naturels ou dus à l'action humaine contribuent à perturber une stabilité qui semblait installée de manière durable. Ainsi dans un contexte de roches carbonatées, l'équilibre d'une paroi décorée pourra être fragile et précaire, le ruissellement pourra entraîner les particules de pigments, la dessiccation de la paroi provoquera la pulvérulence de ces pigments ou l'apparition de cristallites de calcite et de voiles de calcite. Ces phénomènes peuvent être fossiles, récents ou mêmes actuels (bouquetin de Niaux, mains de Gargas).
 
 

Mains de Gargas : par suite d'hydratations successives du support (apports d'eau venus de la roche elle-même ou imbibition de la surface par condensation de l'humidité ambiante ou éventuellement ruissellement superficiels d'eau plus ou moins chargée en sels de calcium...) le pigment peut donner l'impression d'avoir diffusé ce qui explique des contours flous. Des dépôts de calcite ont pu se mettre en place également par exsudation et évaporation d'eau chargée en sel de calcium.


 

D'abord obtenir et accumuler le maximum de données grâce à la mesure de paramètres représentatifs du milieu étudié. A partir de ce que nous pouvons considérer comme un bilan de santé de chaque oeuvre, abri ou grotte, qui constituera une référence, il sera possible de décider une intervention pour préserver et améliorer les conditions de conservation après consultation d'autres partenaires scientifiques.

Chaque site est un cas particulier et il est impossible de préconiser des solutions sans une étude détaillée du site et de son environnement.

Les oeuvres d'art préhistorique, comme toutes les oeuvres d'art, sont destructibles ; les conserver nécessite des soins précis. Le maintien en bon état demande des recherches faites en collaboration avec différents spécialistes.


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