Éthiopie

Mission d’expertise géologique dans la région des hauts plateaux

Dans le cadre d’un projet d’étude des matériaux, des techniques picturales, de l’iconographie et de l’histoire des peintures éthiopiennes coordonné par l’IMAF (Institut du monde africain) et l’INP en collaboration avec le laboratoire MAP-MAACC de l’ENSA Paris-La Villette, le pôle Pierre du LRMH a participé à une mission  pluridisciplinaire composée de scientifiques de la conservation, d’une restauratrice de peintures murales et d’architectes spécialisés en relevés et reconstruction 3D. La mission s’est déroulée du 14 au 29 avril 2018, en partenariat avec le Centre français des études éthiopiennes (CFEE), l’Authority for Research and Conservation of the Cultural Heritage (ARCCH à Addis-Abeba) et le Tigray Cultural Bureau (TCB) de Mekele. Le site d’étude est l’église de Korkor Maryam, l’une des 135 églises troglodytes creusées en haut du massif du Gher’Alta dans la province du Tigré central au nord de l’Ethiopie. L’église est creusée dans le « grès d’Adiggrat », une puissante formation géologique de 400 à 750 m d’épaisseur formant d’imposantes falaises abruptes. Le grès, gris à rouge, est fin, friable et mature et présente une stratification entrecroisée caractéristique de dépôts grano-classés d’origine fluviatile, en discordance sur les formations gréseuses sous-jacentes et du socle cristallin.
Seulement accessible à pied après une heure de marche, l’église de Korkor Maryam qui surplombe la plaine, est richement décorée de peintures murales datant du XIIIème siècle, directement appliquées sur le grès, sans enduit support. Cette particularité amène à s’interroger sur le rôle joué par cette roche gréseuse pour justifier la réalisation des décors, uniques dans la région. À l’échelle du massif, de nombreuses questions subsistent comme l’impact du contexte géologique dans le choix des zones d’implantation de ces églises troglodytes. L’étude des propriétés du grès à Korkor Maryam doit permettre de collecter toutes les informations sur l’évolution de son état de dégradation. À l’échelle du massif et de l’église, il s’agit d’identifier les mécanismes d’altération prédominants afin de mieux appréhender les conditions actuelles de desquamation du grès support des peintures pour assurer sa conservation matérielle durable.