Décès de Marcel Stefanaggi

Marcel Stefanaggi, né le 18 mai 1942 et disparu le 12 avril 2019, à l’âge de 76 ans, a été l'un des fondateurs du Laboratoire de Recherche des Monuments Historiques (LRMH) et de la Section Française de l’Institut International de Conservation (SFIIC). Recruté par l’inspecteur général des Monuments historiques, Jean Taralon, le véritable inventeur du LRMH en 1966, il arrive en 1967 comme ingénieur chimiste et premier responsable scientifique de ce qui était encore une « cellule de Recherche », qu’il ne quittera qu’en 2007 à sa retraite. Installée dans les combles du ministère de la Culture (créé lui-même en 1959), rue de Valois, puis au château de Champs-sur-Marne en 1970, cette cellule deviendra le LRMH en 1972.

Marcel Stefanaggi a été l’un des artisans les plus importants de l’évolution de ce domaine, encore en expansion aujourd’hui, des Sciences du Patrimoine, même si l’on n’employait pas le terme à l’époque. En particulier, il a donné, au sein du Laboratoire, un élan vigoureux à une certaine conception de la conservation au plus proche des demandeurs, et s’est révélé un pionnier du "laboratoire de terrain". On lui doit encore aujourd’hui cette place très particulière du Laboratoire de Recherche des Monuments historiques qui s’inscrit entre recherche et action sur le terrain, l’une se nourrissant de l’autre et qui constitue une des grandes forces de ce service.

Ayant également très vite compris l'intérêt des nouvelles technologies, en particulier non-invasives dans le domaine de la conservation et de la restauration, M. Stefanaggi a collaboré activement au programme LaserArt dans les années 1996 suivi de Laseract (jusqu’en 2005). En étroit partenariat avec l’Italie et la Grèce, l’Allemagne et la Roumanie, au sein de ces programmes européens qui se succèdent, il a étudié et démontré l’intérêt de la vibrométrie laser associée à l’holographie et à la shearographie dans l’étude des altérations sous-jacentes des peintures murales et de la pierre ainsi que dans le domaine de l’ébénisterie. Comme pour le laser de nettoyage, c’était amener les instruments d’analyse scientifique au chevet des cathédrales et des grands édifices patrimoniaux.

Ouvert à des approches très variées du Patrimoine, M. Stefannagi crée la SFIIC en 1983 à la suite d'un colloque IIC à Paris et en reste le secrétaire général jusqu’en 2014. Il a lancé les activités de l'association en France dans un esprit tout à la fois collaboratif, en réunissant les trois collèges des conservateurs, des restaurateurs et des scientifiques, et en encourageant la créativité de chacun. Pratiquant l’interdisciplinarité avant la lettre, il a là encore ouvert des perspectives de recherche et de travail, toujours, voire de plus en plus, d’actualité. À la SFIIC, également, il a utilisé les nouvelles technologies et créé en particulier un site qui restera dans les mémoires. Il développe enfin la revue CoRé dont il invente le logo et dirige la publication jusqu'à la fin de sa carrière.

Licencié en histoire de l’art et archéologie, ingénieur de l’Ècole Nationale supérieure de Chimie de Paris, il est l’auteur de nombreux textes, articles et rapports, et organisateur de très nombreuses journées d’études au sein de la SFIIC, dont les publications, depuis « Adhésifs et constituants en 1985 », jusqu’à « Métal à ciel ouvert » en 2015, constituent autant d’outils de références. Cet homme de grande culture, amateur d’opéra et de bonne chère, inlassable travailleur, était également traducteur et a publié en français La méthodologie scientifique appliquée à l'étude des biens culturels de Salvatore Lorusso et Bruno Schippa, en 1995, et de Salvatore Lorusso, Maurizio Marabelli et Giuseppe Viviano, Pollution de l’environnement et impact sur les biens culturels, en 1999.

Ceux qui l’ont bien connu, et ont eu l’occasion de travailler avec lui, gardent le souvenir d’un homme au caractère parfois rugueux mais généreux, fidèle et gourmand de savoir comme de bonne chère.